Wednesday, September 12, 2018

Damas et Baradā


Bientôt nous passons à al-Hāmā, village de cent cinquante musulmans, dont les maisons sont bâties en pisé, mais qu'entourent de beaux jardins dans la vallée étroite où serpente le Baradā et qu'enserrent deux chaînes de collines calcaires. La blancheur éblouissante de cette double muraille a l'éclat immaculé de la neige, et quand elle répercute, en outre, les rayons du soleil, elle tranche de la manière la plus saisissante avec les tons beaucoup plus doux de la verdoyante oasis qui suit tous les contours de la rivière. Non loin, au sud-est de al-Hāmā, est Dummar, autre village où l'on observe quelques agréables maisons de plaisance qui se cachent discrètement derrière un rideau de gigantesques noyers. Des barrages ont été établis en ce point sur le Baradā pour le diviser en plusieurs bras et porter ses eaux, au moyen de canaux artificiels creusés sur les flancs des collines latérales, à des niveaux plus élevés que celui du lit naturel où il coule.

La vallée étroite le long de laquelle on chemine s'ouvre enfin; mais auparavant elle est comme défendue à son extrémité par deux énormes rochers qui se dressent verticalement comme des tours à l'entrée du défilé. Soudain alors on aperçoit devant soi Damas, où conduit une belle avenue de saules et de peupliers, et dont les mosquées et les nombreux minarets apparaissent tout à coup aux regards. Cette grande cité avec ses faubourgs est dominée au nord par des hauteurs d'où on peut l'embrasser tout entière d'une même vue d'ensemble, ainsi que la vaste plaine qui s'étend à l'est, à l'ouest et au sud. Située à sept cents mètres, au moins, au-dessus de la Méditerranée, elle doit à cette élévation, sous la latitude qu'elle occupe, un climat tempéré que ni les grands froids ni les grandes  chaleurs n'atteignent. Le plateau où elle est assise se développe au loin dans toutes les directions, excepté vers le nord, comme nous venons de le dire, et incline légèrement vers l'est-sud-est. Il est sillonné par plusieurs rivières et par d'innombrables canaux qui, là où ils sont entretenus, portent avec eux la fertilité. Aussi, en dépit de la mauvaise administration qui pèse depuis longtemps sur ce pays, en dépit également des dévastations fréquentes des Bédouins, les villages ne manquent-ils pas autour de Damas. Une pareille vitalité, au milieu de la décadence et mēme de la destruction complète de tant d'autres villes en Palestine et en Syrie, est due à l'extrēme abondance des eaux qui circulent de toutes parts dans cette plaine privilégiée que les Arabes appellent avec raison le véritable paradis de l'Orient. Au nombre des rivières qui l'arrosent, il faut signaler principalement le Baradā et al-ʾAʿwaǧ.


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