Wednesday, August 26, 2026

Ruines et survivants

 

 Dimanche 25 octobre 1925.

Partout les pauvres arbres délicats des cours intérieures sont brisés, brûlés; les décombres s'accumulent, près des bassins taris, Dans des coins fumants, des Bédouines fouillent, une cheminée s'élève seule, comme une tour; partout traînent les fils électriques et l'eau des conduites crevées inonde les ruelles mortes. Une porte ornée de fines sculptures survit seule à la mort de sa maison. Là-dedans, circulent des gens tristes, impassibles, mais qui restent bons, san rancune, puisque, tandis que je m'engage sous une porte pour voir une pauvre jolie cour en désastre, un homme en širwāl m'appelle et un gentil petit garçon me retient par la main. Quelques secondes après, tout s'effondre. Ils n'ont pas eu une pensée de vengeance. Leur premier mouvement a été un mouvement du cœur. C'est ainsi que j'ai toujours vu ce peuple.


Alice Poulleau, À Damas sous les bombes. Journal d'une Française pendant la révolte syrienne, 1924-1926, Édition Bretteville Frères, Paris 1926 (p. 109). 

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