Au khalife al-Walīd remonte l'un des trois minarets de la Grande Mosquée, appelé Miʾḏanat alʿarūs (le minaret de la Fiancée). Il s'élève vers le centre de la partie septentrionale de la cour. Les deux autres sont d'époque postérieure: l'un est al-Miʾḏanā al-Ġarbīyyā (le minaret de l'Occident), qui en a remplacé un autre plus ancien, brûlé sous Tamerlan; l'autre est le Miʾḏanat īsā (le minaret de Jésus), qui fait face à l'orient au précédent et qui est le plus élevé des trois. Sa hauteur est de soixante-seize mètres. Selon une tradition musulmane, quand Jésus viendra juger le monde, il descendra d'abord vers ce minaret, puis entrant dans la mosquée, il y convoquera les hommes de toutes les religions et de tous les rites. Montons sur ce dernier minaret avec le qawwāṣ et le gardien qui nous accompagnent. Du sommet, en effet, de la galerie aérienne d'où le muezzin, à certaines heures déterminées, fait retentir dans les airs, comme une cloche vivante, ses appels à la prière, on embrasse, d'un coup d'œil d'ensemble, la cité tout entière et ses vastes faubourgs avec les coupoles et les minarets de ses mosquées qui resplendissent aux rayons du soleil; on plonge aussi sur d'innombrables terrasses, où, quand la chaleur et le jour baissent, les habitants aiment à aller respirer la fraîcheur du soir. Les jardins qui enserrent la ville de plusieurs côtés lui font une riante ceinture; on y voit circuler et serpenter en tous sens les canaux du Baradā qui y entretiennent une végétation luxuriante. Du sein de ces vergers émergent des kiosques, des maisons de plaisance et des villages qui sont comme perdus dans un océan de verdure. Que si l'on porte ses yeux plus avant, pour sortir de cette espèce d'oasis, on aperçoit les flancs dénudés de plusieurs des contreforts de l'Anti-Liban; à l'ouest se dresse à l'horizon la masse imposante du Ǧabal aš-Šayẖ, avec ses trois cimes que les neiges argentent presque toute l'année; à l'est, on distingue les lacs où va mourir le Baradā, qui semble n'abandonner qu'à regret et après mille détours les jardins enchantés auxquels il donne la fécondité et la vie; au sud enfin, le regard se perd dans les contrées, actuellement peu peuplées et mal cultivées, qui composaient jadis la Trachonitide et l'lturée.
Victor Guérin. La Terre Sainte, première partie. Paris, E. Plon 1884.
Victor Guérin. La Terre Sainte, deuxième partie. Paris, E. Plon 1884.

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