A trente minutes au nord-ouest de Bassīmā, en côtoyant les rives sinueuses du Baradā, que l'on est toujours heureux de retrouver, on rencontre un autre village, nommé ʿAyn al-Fīǧā, assez mal bâti et peuplé de musulmans; il avoisine une source admirable, la plus abondante peut-être de toute la Syrie, et qui égale, si même elle ne surpasse pas, celles du Jourdain à Tall al-Qāḍī et à Banīās. Elle jaillit avec une impétuosité et un fracas extraordinaires, comme une cascade écumeuse, d'une sorte de caverne étroite, au-dessus de laquelle on observe les débris d'un ancien temple. Il avait été construit avec de belles pierres de taille très régulières, et bien agencées entre elles. Au fond, deux niches devaient renfermer jadis des statues. A côté de ce temple, et à un niveau inférieur, s'en élevait un second dont les murs, très solidement bâtis avec des blocs d'un plus grand appareil, sont encore en partie debout. Trois niches destinées à contenir des statues y avaient été ménagées, l'une au fond, et les deux autres à droite et à gauche de la cella. Celle-ci était une sorte de nymphaeum, qui recevait par deux ouvertures une partie des eaux de la source, lesquelles ensuite devaient s'écouler par la porte d'entrée en une belle nappe cristalline. Dans l'intérieur de ce sanctuaire, consacré sans doute autrefois au dieu Pan et aux nymphes, et depuis longtemps découronné de sa voûte, un vieux noyer a pris racine et le remplit aux trois quarts.
Victor Guérin. La Terre Sainte, première partie. Paris, E. Plon 1884.
Victor Guérin. La Terre Sainte, deuxième partie. Paris, E. Plon 1884.

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