ʿAyn al-Fīǧā est regardée généralement comme étant la source du Baradā. Al-ʾIdrīsī affirme dans sa Géographie (traduction Jaubert, t. I, p. 350) que les eaux qui arrosent al-Ġūṭā (c'est-à-dire la plaine de Damas) viennent d'une source appelée al-Fīǧā, qui coule, dit-il, de dessous une montagne avec un bruit que l'on entend de fort loin. ʾAbū al-Fidāʾ prétend (Tabula Syriae édition Köhler, p. 15) que la source de la rivière de Damas (il désigne par là évidemment le Baradā) est sous un temple nommé ʿAyn al-Fīǧā. Telle est aussi l'opinion actuelle des habitants de la contrée. Mais, comme plusieurs voyageurs l'ont observé avant moi, si ʿAyn al-Fīǧā est la source de beaucoup la plus considérable et la plus digne d'être visitée parmi celles qui alimentent le Baradā, cette rivière en a d'autres, dans la partie supérieure de son cours, dont il sera question ultérieurement.
Quoi qu'il en soit, il est difficile de trouver un endroit plus romantique et plus saisissant que celui où nous sommes en ce moment, et l'on y passerait volontiers de longues heures, plongé dans une contemplation méditative et dans une rêverie sans fin, à l'ombre des divers arbres qui y forment un abri impénétrable aux rayons du soleil. Là, près des ruines de ces temples qui ont vu tant de générations humaines passer et s'écouler devant elles, semblables au torrent qui fuit et mugit à leur pied, on aime à voir bondir, en bouillonnant, du sein de la grotte mystérieuse d'où elle se précipite, une onde qui se renouvelle sans cesse; on se plaît à prêter l'oreille à cette grande voix de la source, qui ne se tait ni jour ni nuit, et qui imite les longs et mélancoliques gémissements de la mer.
Victor Guérin. La Terre Sainte, première partie. Paris, E. Plon 1884.
Victor Guérin. La Terre Sainte, deuxième partie. Paris, E. Plon 1884.


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