Nous nous sommes aperçus, après avoir nettoyé casque B et enlevé la couche d'oxydation qui le couvrait, que l'inscription suivante était gravée sur la surface triangulaire unie aménagée entre la Victoire et le légionnaire de droite dans la scène du sacrifice :
М. МАСTORIUS BARBARUS
F ( ECI ) T
Ainsi cette inscription nous révèle le nom de l'artiste qui avait fabriqué et décoré ce casque et certainement aussi le casque (A) tant les deux objets se ressemblent et accusent de similitude aussi bien dans la fabrication que dans la conception du décor. Et nous avons le droit de nous demander qui était ce Mactorius Barbarus ?
Tout d'abord ce nom n'est pas romain, quoique l'épithète Barbarus ait été fréquente à l'époque républicaine et pendant la période impériale. Il est possible qu'il soit sémitique, ou peut- être arabe, ayant la forme du participe passif (maqṭūr مقطور) qui veut dire " humecté par la pluie et qui est de la racine (qaṭar قطر) signifiant " tomber goutte à goutte ".
Il ressemble d'autre part à une série de noms arabes dont muqaʿṭar مقعطر (nom assez rare qui a été donné à un chef Kharijite célèbre), mikṯār مكثار (un adjectif qui veut dire généreux), muqawṭar مقوطر (nom donné à une tribu arabe de l'Euphrate).
De toute façon ce Mactorius Barbarus était un des représentants des ateliers syriens de bronze qui ont porté au premier siècle, la perfection artisanale et l'invention créatrice jusqu'au plus haut degré en fabriquant le casque célèbre d'Emèse et par la suite maints autres statuettes et objets décorés. Il devait être assez célèbre puisqu'il était fier de signer l'un des deux casques. Les scènes conçues sur des surfaces rondes difficiles à sculpter sont d'une belle facture avec des figures habilement exécutées et judicieusement distribuées. Elles éclairent les idées d'un artiste qui savait choisir ses thèmes pour illustrer son sujet. Un artiste qui avait connu la sculpture monumentale impériale du premier siècle, comme les reliefs syriens et palmyréniens de la fin de ce siècle et de la première moitié du deuxième siècle. Ainsi le syrien Mactorius Barbarus connaissait l'Occident et l'Orient. Il était de la génération de cet autre grand artiste syrien Apollodore de Damas, dernier grand architecte de l'antiquité, dont le nom a connu un grand éclat sous le règne de Trajan.
Sélim Abdul-Hak. Rapport préliminaire sur des objets provenant de la nécropole romaine située à proximité de Nawa. Les Annales archéologiques de Syrie T. IV-V 1954-55 (pp. 163-188).
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