Les femmes ont toujours admiré, chéri les héros. Combien de chefs et de simples soldats leurs beaux yeux pleurèrent ! Mais, depuis longtemps, elles ne viennent plus à la tombe célèbre, où le hasard me fait arriver par la nuit lunaire admirable. La grille, à cette heure, est fermée, le gardien dort, mais, par la grande arcade vide qui ouvre sur la rue, au delà du jardin désert, on entrevoit la chapelle à dôme, abritée par l’énorme masse de la grande mosquée, où Ṣalāḥ ad-Dīn (Saladin), le sultan victorieux, dort son dernier sommeil. Coin fermé, où croît une végétation sauvage. Des citronniers portent des fruits d’or bleuis par la lumière. Il y a quelques tombes d’inconnus dans des buissons de roses. Une fontaine invisible berce le silence. C’est ici que j’ai situé — on le sait — la dernière scène des Amants de Damas. Un texte de Chateaubriand se rapporte à Saladin. « Il ordonna que l’on portât un linceul au bout d’une lance le jour de ses funérailles, et qu’un héraut criât à haute voix : « Saladin, dompteur de l'Asie, de toutes les richesses qu’il a conquises, n’emporte que ce drap de toile I » Le grand écrivain, qui conte cela, a-t-il garanti l’authenticité de ce détail ? Si ce n’est pas vrai, qu’importe? Puisque c’est si beau.
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