Les maisons, même les plus riches, sont presque toutes au dehors d'aspect misérable comme celles des pauvres, les murs extérieurs en étant d'ordinaire construits pareillement avec de simples et larges briques cuites seulement au soleil. Mais si l'on obtient des propriétaires la permission de les visiter, ce qui m'a été accordé pour plusieurs d'entre elles, on s'aperçoit aussitôt qu'elles étalent au dedans une opulence et un luxe inouïs. Cour avec fontaine jaillissante et bosquets odorants d'orangers, de citronniers, de rosés et de jasmins; salons avec de moelleux et épais tapis; divans avec des coussins de toutes sortes brodés en soie; lambris artistement et finement travaillés; marbres rares et divers; plafonds où les arabesques les plus capricieuses aiment à se jouer du regard; lustres brillants qui, le soir, étincellent de lumières; vases de fleurs; meubles précieux: tout présente dans ces somptueuses demeures, si modestes, pour ne pas dire si sordides en apparence, l'image de la fortune et de la richesse, sinon du bonheur; car les soucis, les chagrins et l'ennui habitent souvent les palais dorés. Un pareil contraste entre le dedans et le dehors de ces maisons n'a rien qui doive étonner dans un pays où l'on craint à chaque instant de provoquer la jalousie, la haine et des avanies, par l'étalage extérieur des biens dont on jouit et dont on réserve discrètement le spectacle pour sa famille, pour soi-même et pour ses amis. Les Arméniens et les Juifs surtout possèdent ainsi plusieurs de ces habitations princières qui, avec une enveloppe à dessein mesquine et grossière, sont en réalité de véritables bijoux et des merveilles dignes des Mille et une Nuits; on dirait que la main des fées a pris plaisir à les parer intérieurement, tandis qu'à l'extérieur, c'est la boue et la misère.

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