Ǧāmiʿ at-Tawbā est situé dans le quartier d'al- ʿUqaybā (1). Celui-ci est en réalité un faubourg (rabaḍ) qui s'est formé devant la porte d'al-Farādīs (2), et la topographie urbaine a conservé le faisceau de chemins, se dépliant en éventail au sortir de l'enceinte fortifiée, qui fut l'élément générateur du plan du nouveau faubourg. Si nous observons que celui-ci était situé sur la route d'al-Farādīs, localité (aujourd'hui disparue) toute proche de Damas et qui comportait, semble-t-il, un grand nombre d'habitations de plaisance (3), et, d'autre part, sur l'une des deux seules routes qui menaient de la vieille ville à aṣ-Ṣāliḥīyyā (4), village de maraîchers qui fournissait une bonne part des fruits et des légumes nécessaires à l'agglomération urbaine, nous sommes autorisés à conclure qu'il a dû se former assez tôt dans l'histoire de la Damas médiévale, bien que nous n'ayons pu en trouver de mention antérieure au Xe siècle.
Cette conclusion est confirmée par la position du cimetière de Bāb al-Farādīs (6) par rapport à l'enceinte: il en est éloigné de 300 mètres, alors que partout ailleurs, à Bāb aṣ-Ṣaġīr et à Šayẖ Raslān, comme autrefois à Bāb an-Naṣr (6), les premières tombes sont plantées sur le bord même du fossé: il faut donc admettre qu'ici elles ont été progressivement refoulées loin du rempart par les habitations. Mais ce refoulement doit s'être produit à une date assez ancienne puisque le cimetière contient des mausolées construits dans la seconde moitié du XIIe siècle.
Ce faubourg est donc l'un des plus anciens qui se soient formés autour de Damas, sinon le plus ancien de tous. Il était aussi l'un des plus peuplés: dès l'époque de Saladin, ibn ʿAsākir (7) y énumère 7 oratoires (masǧid), chiffre sans doute infime, mais qui n'est atteint, à cette date, par aucun des autres quartier extra-muros. Fait plus caractéristique encore: au début du XIIIe siècle, alors que Damas ne possède encore, en dehors de la Mosquée des ʾUmayyādes et du Muṣallā al-ʿIdayn, qu'un seul ǧāmiʿ, dans le quartier de Šāġūr (8), on bâtit en dehors de Bāb al Farādīs Ǧāmiʿ at-Tawbā (632/1234-1235), preuve irrécusable de la grande densité alors atteinte par la population d' al-ʿUqaybā.
1.ʿUqaybā signifie "petite pente": cette dénomination vise ici la déclivité assez douce qui marque la limite extrême de la vallée d'érosion du Baradā, du côté du Nord, sur cette partie de son cours. A l'Ouest de la ville, où la vallée est plus étroite et ses flancs plus abrupts, ceux-ci étaient connus sous le nom d'aš-Šarafāni "les deux Šaraf (eminence, dénivellation)", c'est-à-dire "deux monticules" ou "deux hauteurs".
2. Aujourd'hui appelé Bāb al-ʿAmārā.
3. Le nom même de la localité "Paradis" semble indiquer que ce rôle de lieu de villégiature lui était déjà dévolu durant l'Antiquité.
4. Les routes réunissant Damas à aṣ-Ṣāliḥīyyā dependent des ponts du Nahr Ṯawrā. Or ceux-ci sont au nombre de deux seulement: "le Pont Blanc" (al-Ǧisr al-ʾAbīaḍ), qu'emprunte l'actuelle rue aṣ-Ṣāliḥīyyā, et le "Pont de Kuḥayl", dont l'identification est assurée par celle des monuments qui l'entourent: al-Madrasā al-Badrīyyā, at-Turbā al-Ḥāfiẓīyyā, al-Madrasā aš-Šiblīyyā, at-Turbā al-Qumārīyyā.
5. Aujourd'hui appelée Maqbarat ad-Daḥdāḥ.
6. Tombeaux conservés dans les bâtiments de l'ancien sérail militaire (al-Mušīrīyyā).
7. P. 84-85. Voir aussi Sauvaire 451-454.
8. ǦāmiʿǦarrāḥ, ancienne mosquée des Enterrements (masǧid al-Ǧanāʾiz) transformée en ǧāmiʿ en 631 (1234).
Jean Sauvaget. Décrets Mamelouks de Syrie (premier article). Bulletin d'études orientales, Tome II 1932 (p. 1-52).

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